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                         Les Lettres volées

De Gaulle ? Oublié !

Sous une avalanche de commentaires méprisants,voire haineux contre le corps enseignant, de Gaulle semble bien avoir disparu… oublié ! Or, c’est bien le débat littéraire qui nous intéresse, pas le débat idéologique ; le débat de l’enseignement de la littérature, pas le dénigrement systématique de notre profession, car demain, après-demain et pour longtemps encore, contre vents et marées, nous serons à nos postes, face à des adolescents ; les célébrations du 18 juin seront loin, les adolescents, eux, seront là, avec ce tome 3 des Mémoires de guerre à étudier.


Et nous, professeurs de Lettres, les « professionnels de l’enseignement de la littérature », nous devrons amener à s’intéresser à la littérature, à un moment donné de la journée, non seulement Mélina et Jonathan, qui ne demandent que cela, mais aussi Kevin, qui a des peines de cœur, Marie, angoissée par la maladie de sa mère, et Sofian, désolé de constater qu’il a oublié de se mettre du gel dans les cheveux ; nous devrons amener toute cette petite troupe à dialoguer avec un auteur nécessairement absent : pari fou, tantôt gagné, tantôt perdu mais toujours recommencé. Or, au fil des années, des échecs et des réussites, nous avons acquis – on pourra bien nous l’accorder – un petit savoir-faire, un début d’expertise qui nous permet de prévoir comment nous allons pouvoir aborder une œuvre pour parvenir peut-être, avec la collaboration des élèves, au résultat escompté.


Nous avons donc lu et relu ce tome III des Mémoires, imaginé des cours possibles… Rien à faire : pour que la rencontre ait lieu, il faut que l’œuvre soit à la fois belle et forte, qu’elle empoigne l’adolescent, qu’elle lui parle de sa vie, de sa mort, de ses amours, de sa liberté, de sa grandeur et de sa misère. On voit nettement que Shakespeare, Pascal, Kafka, Beckett, Bonnefoy et tant d’autres sont armés pour cela, à condition que nous installions une petite « rampe d’accès » pour les élèves. À nous de savoir la construire.


Mais de Gaulle…


Quand la littérature européenne du XXème siècle s’élabore autour du traumatisme des guerres mondiales (et coloniales pour certains), du cri de Valéry : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles» à l’aphorisme d’Adorno :
« Ecrire un poème après Auschwitz est barbare » ; quand tous ces morts, toute cette cruauté, torturent les consciences des écrivains et s’inscrivent, explicitement ou implicitement, au cœur de leur œuvre, voici les lignes que de Gaulle consacre aux morts d’Hiroshima : « C’est alors que, le 6 et 10 août, tombe sur Hiroshima et sur Nagasaki la foudre des bombes atomiques. A vrai dire, les Japonais s’étaient montrés, avant le cataclysme, disposés à négocier la paix. Mais c’est la reddition sans condition qu’exigeaient les Américains, certains qu’ils étaient de l’obtenir depuis la réussite de l’expérience du Nevada. De fait, l’empereur Hiro-Hito s’incline au lendemain de la destruction de ses deux villes bombardées. Il est convenu que l’acte, par lequel l’Empire du Soleil Levant se soumet aux vainqueurs sera signé le 2 septembre, en rade de Yokohama, sur le cuirassé Missouri. Je dois dire que la révélation des effroyables engins m’émeut jusqu’au fond de l’âme. Sans doute ai-je été, depuis longtemps,  averti que les Américains étaient en voie de réaliser des explosifs irrésistibles en utilisant la dissociation de l’atome. Mais, pour n’être pas surpris, je ne m’en sens pas moins tenté par le désespoir en voyant paraître le moyen qui permettra, peut-être, aux hommes de détruire l’espèce humaine. Pourtant, ces amères prévisions ne sauraient m’empêcher d’exploiter la situation créée par l’effet des bombes. Car la capitulation fait s’écrouler, à la fois, la défense japonaise et le veto américain qui nous barraient le Pacifique. L’Indochine, du jour au lendemain, nous redevient accessible. Nous n’allons pas perdre un jour pour y rentrer. » (p 271-272 ed. Pocket) Bel exemple du sang-froid, de l’énergie et du pragmatisme de l’homme de pouvoir, mais morne prose : on pense plutôt à Emmanuelle Riva disant les mots de Marguerite Duras, à Kenzaburô Oé…


Peut-être l’oraison funèbre pour les morts français sera-t-elle émouvante ?
« Comment garder l’indépendance si nous recourons aux autres ? Dans ce domaine, comme en tout, ce qui nous manque pourrait, jusqu’à un certain point, être compensé par des valeurs humaines. Mais, de celles-là aussi, nous avons perdu beaucoup. Viennent de mourir, du fait de l’ennemi, 635 000 Français, dont 250 000 tués en combattant, 160 000 tombés sous les bombardements ou massacrés par les occupants, 150 000 victimes des sévices des camps de déportation, 75 000 décédés comme prisonniers de guerre ou comme requis du travail. En outre, 585 000 hommes sont devenus des invalides. Par rapport au total de la population, le pourcentage des disparus français n’atteint pas, il est vrai, celui des Allemands ou des Russes. Mais il dépasse celui des Anglais, des Italiens, des Américains. Surtout, la perte éprouvée par notre race est relativement bien plus forte que ne semblent l’exprimer les chiffres. Car c’est dans une jeunesse peu nombreuse que la mort a fauché cette moisson […] Naturellement, ceux qu’il [le peuple français] a perdus étaient les plus entreprenants, les plus généreux, les meilleurs. » (p. 281) Les survivants apprécieront. Quant à la forme, reconnaissez qu’on est bien loin de Bossuet.


Enfin, faudra-t-il commenter l’étrange métaphore érotique qui assimile Hitler à un amant lascif et irrésistible et l’Allemagne à une maîtresse docile ? Quelle légitimité historique, sociologique faudra-t-il lui accorder ? « Cet homme parti de rien, s’était offert à l’Allemagne au moment où elle éprouvait le désir d’un amant nouveau. Lasse de l’empereur tombé, des généraux vaincus, des politiciens dérisoires, elle s’était donnée au passant inconnu qui représentait l’aventure, promettait la domination et dont la voix passionnée remuait ses instincts secrets. D’ailleurs, en dépit de la défaite enregistrée naguère à Versailles, la carrière s’ouvrait largement à ce couple entreprenant [...] D’ailleurs Hitler, s’il était fort, ne laissait pas d’être habile. Il savait leurrer et caresser. L’Allemagne, séduite au plus profond d’elle-même, suivit son Fürher d’un élan. Jusqu’à la fin, elle lui fut soumise, le servant de plus d’effort qu’aucun peuple, jamais, n’en offrit à aucun chef. » Il est ensuite question de la « neutralité jouisseuse des Etats- Unis », pays « qui devrait se coucher à son tour » (pp. 208 à 210 passim). Voilà une métaphore consciencieusement filée. Est-elle bien appropriée pour rendre compte de la complexité, de l’étendue,de la gravité de cette question ? Est-elle à la hauteur des enjeux d’une telle réflexion ?


S’il est enrichissant d’étudier les liens entre histoire et littérature, ne pouvons-nous pas aborder avec nos élèves, peut-être pour la dernière fois de leurs études, des œuvres plus essentielles dans le domaine littéraire ?

 

                                                                                       Isabelle Guary

Le mythe de de Gaulle

Je découvre avec stupeur le mythe de Gaulle. Pour moi, c’était un grand homme, celui qui avait sauvé l’honneur de la France, redonné espoir quand tout semblait perdu, organisé la Résistance, puis plus tard, d’une manière peut-être discutable, instauré la Ve République, et il avait fort bien fait, puisque cela avait permis à l’Etat de fonctionner, et avait enfin apporté une stabilité politique que la IVe République n’assurait pas.

Je pensais donc, que, ceci posé et entendu, on pouvait à bon droit s’interroger sur l’opportunité d’étudier les Mémoires de guerre en classe de Terminale L. Il me semblait qu’on avait le droit de trouver qu’être un grand homme ne faisait pas automatiquement de vous un grand écrivain, que de Gaulle n’est pas un auteur majeur qui a bouleversé l’histoire de la littérature, ni le genre des Mémoires historiques, bref, qu’on pouvait trouver mieux que ce tome III, particulièrement aride à lire !

Mais ce n’est pas ainsi que fonctionne la mémoire nationale : de Gaulle n’est pas un auteur comme un autre. Nous pouvons décider que Montaigne écrit mal, et argumenter : on nous opposera des contre-arguments, nul ne criera au sacrilège. De Gaulle, c’est autre chose : il est Ecrivain, il a un Style majuscule, car c’est avec ce Style, cette Plume, qu’Il a sauvé la France, et tout le monde peut encore le vérifier en écoutant l’Appel du 18 juin 1940. L’œuvre littéraire de de Gaulle existe en dehors de tout écrit, elle préexiste à l’écriture.

Tout le monde croit connaître l’œuvre de de Gaulle, parce que tout le monde a entendu ses discours. Que les Mémoires de guerre ne soient pas tout entiers écrits avec ce souffle épique importe peu. De Gaulle, c’est le Grand Style au service du Grand Genre : l’Histoire. Et tout le reste est… littérature !

À partir de ce postulat, de Gaulle est intouchable : les universitaires ne s’y frottent pas, nos inspecteurs se taisent. Roland Barthes est mort !

Mais nous sommes vivants, et il faudra bien que nous nous y frottions, et que nous parlions haut et fort devant nos élèves, car au Bac, il n'est pas question d’admirer mais d’analyser ! Et puisque tout le monde le souhaite ainsi, analysons donc le mythe, comment il s’est construit, comment de Gaulle a édifié son propre monument : et l’on confrontera le récit et les faits, l’action et ses conséquences, le récit et la visée politique du récit, le contexte polémique de l’année 1959...

 

Et l’on va démythifier et l’œuvre et l’auteur, parce qu’aucun mythe ne résiste à l’analyse.
                                                                                                                                                                                                Sylvie Raison

Garde-à-vous !

« Moi je suis au programme des Lettres en Terminale », clamait le général tout ragaillardi.


« Pourtant mes périodes s’amoncelaient bien autrement tandis que moi, oui moi, je disparaissais », tempêtait M. de Chateaubriand.


« Et mon dernier roman, qui donne sur le monde contemporain le plus extrême avec son auto-stoppeuse si finement métaphorique, ne fait-il pas œuvre de mémoires plus subtile ? » susurrait M. Giscard d’Estaing.

 

Antelme, Aragon, Beauvoir, Camus, Céline, Char, Desnos, Duras, Eluard, Gary, Giraudoux, Guillevic, Malraux, Montherlant, Pérec, Sartre, Claude Simon, tranquilles sur leur étagère, ne se chamaillaient pas – la chose était rare : ils attendaient un message radio qui rectifie l’annonce.

Comme M. de Gaulle ne se trouvait pas en rayon « Littérature », cela ne pouvait être qu’une blague. On riait bien. Même dans les rayons lointains.








 


Nathalie Pellinec

Réflexion sur les

Mémoires de guerre

Les Programmes de Terminale commencent à devenir un peu plus respectueux à l'égard des vraies valeurs littéraires de notre époque. Il est temps en effet qu'on cesse d'applaudir ces lamentables pseudo-penseurs ou pseudo-artistes qui ont été ces dernières années mis à l'étude de nos enfants : on leur a fait lire La Chute de Camus – ah ! c'est gai – un recueil d'Aragon, communiste stalinien, rappelons-le, et dernièrement une histoire sans queue ni tête, qui sans doute veut se moquer des institutions juridiques les plus respectables, une sorte de roman qui ne raconte rien et dont le titre a à voir avec la Justice, d'un certain Kafka. Je me suis renseigné, croyez-le bien : autour de moi, personne ne le connaît. D'ailleurs il paraît que ce type voulait qu'on brûle ses œuvres, ça aurait été sans doute plus approprié.

 

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L'éloge de soi, dans la tradition romaine

De Gaulle fut un homme politique important.

Mais il n'est pas un écrivain majeur.

Fut-il un historien ? L'écriture de ses Mémoires de guerre, laborieuse, consciencieuse, offre quelques singularités, comme l'emploi de la troisième personne désignant l'auteur lui-même, et l'abondance des figures de rhétorique qui font de ce texte un "meuble d'époque" pour parler comme son biographe ; certaines pages apparaissent comme des imitations maladroites de grands textes littéraires, le lyrisme de Chateaubriand a été fatal !

Les qualités d'un tel ouvrage sont probablement ailleurs : dans le témoignage historique, dans la documentation abondante qui vient instruire la défense de l'action politique.

On pourrait être tenté de chercher à étudier les Mémoires de guerre sous le rapport de l'écriture de l'histoire, et les rapprocher des écrits de Vigny, de Michelet ; on pourrait aussi bien sûr être tenté de rattacher l'étude des Mémoires à celle de l'écriture autobiographique : mais, tout en se projetant continuellement sur le devant de la scène, l'auteur ne se livre pas, sinon pour comparer ses actions avec celles d'autres chefs d'État. Les seuls domaines d'étude fructueux seraient, semble-t-il, juridique et politique ; la lecture de Cicéron et de Machiavel semble plus indiquée que toute autre.

 

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